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Histoire du papier électronique. l'expérience suédoise

E-Paper et encre électronique
La Suède dans les starting-blocks

source: http://www.campusxml.org/news/fullstory.php/aid/605/E-Paper_et_encre_%E9lectronique.htmlmedium_605.photo.gif

 
Valérie Arnould
techniques de presse

Décembre 2003 - Directeur de Ifra Nordic, Stig Nordqvist a présenté à Rome en octobre dernier, à l’occasion de la conférence Beyond the Printed Word, le projet E-reader 2003 qui associe quatorze quotidiens suédois et le constructeur Philips Electronics aux Pays-Bas. L’objectif est d’élaborer un nouveau support pour la presse associant encre électronique et écran mobile. Le prototype de ce nouvel outil est actuellement à l’épreuve des lecteurs à Malmö. Après ces tests, fin 2003, un nouveau cadre de travail sera élaboré afin de poursuivre l’expérience à plus grande échelle.

Qu’il se nomme Digital Newsprint (papier journal digital) ou “E-Paper”, le projet sur lequel travaillent Ifra Nordic, les quotidiens suédois et Philips n’a pas pour vocation de proposer une nouvelle alternative à l’Internet. L’idée n’est donc pas de fournir le quotidien dans sa maquette originale pour une lecture sur Internet à l’image de ce que proposent les quotidiens utilisant les logiciels E-Paper de Olive Software ou Comyan. Il existe déjà plusieurs modèles de E-Paper utilisant des supports connus : Avant-Go fournit des solutions pour les PDA et autres plates-formes mobiles ; nous pratiquons dans certains journaux l’abonnement à des versions PDF que les clients reçoivent par Internet (voir ce qui est proposé par Newsstand) ; le Los Angeles Times utilise des Tablet-PC comme support de E-Paper. Enfin on connaît aussi le mix PDF et impression digitale commercialisé par PEPC ou News Direct. « Le projet E-reader utilisant l’encre électronique nous semble plus prometteur », explique Stig Nordqvist, « il ne s’agit pas d’un nouveau canal de distribution à disposition des éditeurs pour servir leurs clients. Ce projet a une dimension beaucoup plus ambitieuse puisqu’il vise réellement à remplacer l’impression sur papier. Nous ne sommes pas en train de prédire le futur, mais nous le préparons. Les coûts de distribution de la presse quotidienne, ses coûts de fabrication et l’achat du papier sont des postes tellement importants dans l’économie des journaux qu’il est vital de réfléchir au moyen de les réduire. L’encre électronique est un moyen radical d’achever cet objectif. »

En 2004 les outils seront prêts
Depuis des années maintenant, l’Ifra invite régulièrement les acteurs de l’encre électronique à Beyond (essentiellement Xerox et E-Ink). Ce qui était une sorte de projet fantaisiste il y a quelques années encore est considéré de plus en plus sérieusement par les éditeurs. On sait que, un peu partout dans le monde, les lecteurs jugent la presse trop chère. La presse payante est dos au mur et malgré d’énormes efforts dans les méthodes industrielles, la production d’un quotidien papier ne pourra baisser dans des proportions suffisantes pour permettre un prix de vente qui reflète essentiellement le coût de « réalisation » de l’information.
Une partie importante des frais de production était couverte par les rentrées publicitaires. On connaît les limites de ce modèle lors des cycles de récession économique. Plus simplement, la multiplication des médias a fortement fragmenté les audiences et les investissements publicitaires.
Une grande partie des technologies nécessaires à la création d’un E-Paper utilisant de l’encre électronique seront sur le marché dès l’année prochaine. Et la presse quotidienne payante est loin d’être la seule à s’intéresser à des futures applications.
Ceux qui suivent le développement des quotidiens gratuits, et en particulier celui de Metro, savent que pour les actionnaires de Metro International, issus des télécommunications et de l’audiovisuel, l’imprimerie est un cauchemar économique. Un scénario dans lequel ils seraient les premiers séduits par l’idée d’un e-metro ne relève pas de la science-fiction. Même s’il faut pour cela « donner » aux lecteurs l’écran de lecture. La fourniture gratuite ou à un prix symbolique d’un terminal de réception/consultation est une stratégie qui a dopé le développement de la téléphonie mobile et qui a fait le succès du Minitel en France (encore 350 millions d’euros de chiffre d’affaires annuels vingt ans après sa création).

Monochrome, couleur et vidéo : les progrès sont spectaculaires
L’idée de l’encre électronique remonte à 1977 et c’est au sein du groupe Xerox qu’elle a pour la première fois été développée. Le concept a dormi dans les cartons des services recherche et développement de Xerox pendant des années et c’est finalement à la société américaine E-Ink (www.eink.com) que l’on doit un aboutissement de ce procédé. En 2001, le constructeur Philips s’est associé avec la société E-Ink et a injecté quelques millions de dollars pour la mise au point d’un processus industriel d’utilisation de l’encre électronique.
Le procédé mis au point par E-Ink est d’insérer dans un film de plastique des millions de micro capsules ayant le diamètre d’un cheveu humain et immergées dans un liquide. Ces billes minuscules contiennent des pigments de couleur et sont chargées positivement pour les particules blanches et négativement pour les noires. En appliquant un champ électrique négatif, les particules blanches se déplacent vers le haut de la capsule et deviennent donc visibles. On obtient ainsi un point blanc. Une décharge de courant positif ramène les particules blanches au fond de la capsule et tire les particules noires à la surface. En manipulant les courants on peut ainsi programmer des textes et obtenir un affichage de niveaux de gris.
L’encre électronique ne serait pas une révolution potentielle sans la conjonction d’autres évolutions technologiques qui affectent les écrans et les modes de transmission de l’information. Les supports d’affichage proposés par E-Ink et Philips font 0,3 mm d’épaisseur alors que des affichages classiques sur écrans LCD à matrice active font environ 2 mm d’épaisseur. Ils sont souples et très résistants. En 2002, E-Ink a présenté des prototypes d’écrans monochromes de petite taille (1,6 et 3 pouces de diagonale), mais aussi couleur (5 pouces, avec 320 x 234 pixels de résolution). Les premiers produits manufacturés arriveront sur le marché vers 2004.
Les écrans qui serviront à l’affichage de l’encre électronique ont le double avantage d’une meilleure lisibilité dans toutes les conditions de lumière et d’une consommation d’énergie très faible. La différence essentielle avec les écrans classiques est que l’énergie électrique n’est utile que pour la modification d’un affichage, aucune énergie n’est nécessaire pour maintenir un affichage statique contrairement aux autres écrans. La lisibilité est excellente car, au lieu de devoir apporter de la lumière pour créer l’effet de contraste (rétro-éclairage classique), c’est un mode réflectif, une sorte de réutilisation de la lumière ambiante. Enfin, le lecteur n’est pas limité par un angle de vision comme sur les écrans à cristaux liquides et le confort de lecture est infiniment meilleur pour les yeux. Le chargement de ces écrans se fait en mode Wifi via les portails de connexions de Philips mais d’autres technologies de transmission sans fil peuvent s’appliquer.
En septembre dernier, l’un des chercheurs de Philips, Robert Hayes, annonçait dans la revue anglaise Nature la mise au point d’une méthode d’électromouillage permettant un affichage de couleurs et même de vidéo. On retrouve le principe de micro capsules. Elles sont chargées cette fois d’un petit réservoir contenant de l’eau et une goutte d’huile colorée. En appliquant un champ électrique, l’huile se comprime sur un bord, laissant apparaître le fond blanc du réservoir et elle s’étale pour montrer sa couleur quand le champ est coupé. Le contrôle précis de la tension électrique permet d’agir sur l’intensité de la couleur. Tout cela nous rappelle quelque chose, mais ce qui est assez stupéfiant est la possibilité de changer l’affichage d’un point en 10 millisecondes. Un écran basé sur ce principe pourrait donc afficher cent images par seconde, largement de quoi fournir de la vidéo. Ce procédé est encore trop récent pour nous permettre d’obtenir des informations précises mais il absorberait moins d’énergie et restituerait quatre fois plus de lumière, notamment parce que la couleur est obtenue par la teinte de l’huile et non par des filtres teintés comme ceux utilisés pour les écrans plats.
La définition des nouveaux écrans (également ceux proposant des niveaux de gris) est annoncée par Philips d’une résolution de 160 points par pouce (ppp), là où un écran électronique affiche 90 ppp.
Selon Willem Endhoven, chef de projet au sein du New business consumer market de Philips, il est probable qu’à l’avenir les gens demanderont des écrans de visualisation plus larges pour une utilisation chez eux, la taille actuelle étant perçue comme idéale pour les déplacements. Les consommateurs voudront vraisemblablement faire plus que lire le journal sur ces nouveaux outils : « Nous sommes très concentrés sur les aspects techniques et sur l’efficacité de ces écrans, mais nous ne voulons surtout pas oublier la dimension ludique afin que les futurs utilisateurs s’intéressent aux possibilités de ces nouveaux écrans. » Pour les journaux, il reste du pain sur la planche : il faut travailler à un flux de production permettant d’intégrer le chargement de l’information sur ces support E-Paper. Il faut aussi revoir le design des journaux afin qu’il s’adapte à la taille des écrans. Stig Nordqvist et les quotidiens partenaires de ce projet pensent qu’il est possible de surmonter ces difficultés. Ils nous tiendrons au courant de leurs avancées dès le début de l’année prochaine.

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