Avertir le modérateur

INTERNET SANS FIL: LES FOURNISSEURS ET LE VOL DES ONDES UN ARTICLE DE FABIEN DEGLISE DU JOURNAL LE DEVOIR

Internet sans fil: les fournisseurs profitent du vol des ondes 

FABIEN DEGLISE
Édition du mercredi 28 novembre 2007

ad2944f2d92a75380d1a37e9c2254bfa.gifhttp://www.ledevoir.com/2007/11/28/166383.html?fe=2536&fp=146148&fr=54750

Ils pourraient alerter leurs clients mais ne le font pas
Les grands fournisseurs d'accès à Internet, comme Bell ou Vidéotron, profitent du piratage des connexions de leurs clients en ne les avertissant pas des activités anormales qui peuvent survenir dans leurs comptes, a découvert Le Devoir. Cette inertie s'accompagne en effet de frais imposés à leurs usagers pour la surconsommation de bande passante, espace où transitent les données recueillies ou transmises sur Internet. Surconsommation dont les clients ne sont généralement pas responsables.

Avec la multiplication des réseaux d'accès à Internet sans fil, communément appelé «Wi Fi», dans les résidences privées, le vol de signal Internet de particuliers tend désormais à se multiplier. Commis par ce que l'on pourrait baptiser des «wifibustiers», ce procédé consiste à s'immiscer dans un réseau sans fil, au moyen des ondes hertziennes, sans l'accord du détenteur du compte Internet en question. Et ce, afin de circuler dans le cyberespace gratuitement.

Cette pratique est illégale. Elle a aussi pour effet, en multipliant le nombre d'usagers accédant à Internet par la même porte d'entrée, d'accroître le volume des données que l'abonné recueille ou transmet sur la Toile. Le hic est que ce volume, mesuré en gigaoctets, est, selon les forfaits, contingenté sur une base mensuelle.

Tout dépassement des quantités permises est alors facturé au consommateur en sus de son abonnement de base.

Or, contrairement aux compagnies de cartes de crédit qui sonnent rapidement l'alarme lorsque des transactions anormales apparaissent sur un compte, Bell et Vidéotron ferment visiblement les yeux sur les activités des cybersquatteurs qui, selon leurs capacités techniques, peuvent investir des réseaux sans fil protégés par mot de passe ou non. Leur présence entraîne pourtant, dans la plupart des cas, des pics de consommation de bande passante enregistrée sur une base quotidienne.

La balle au consommateur

Hier, Bell a justifié sa passivité face au phénomène des «wifibustiers», qu'elle ne juge pas «très significatif», a indiqué le porte-parole Jacques Bouchard, par le fait qu'il est difficile techniquement «de faire le suivi de tous les cas [de fraude] en raison du nombre d'abonnés [environ deux millions partout au Canada], a-t-il souligné. C'est au consommateur de surveiller sa consommation.»

Même son de cloche du côté de Vidéotron, qui a précisé qu'«il était impossible de juger de ce qui est illégal ou pas», selon Isabelle Dessureault. «Actuellement, nous travaillons surtout à faire de la prévention» autour d'un phénomène que l'entreprise considère également comme «marginal».

Selon nos informations, le service technique de Vidéotron est toutefois en mesure de remarquer clairement la présence de fraudeurs sur un compte puisque les pics de consommation de bande passante s'affichent dans les ordinateurs de l'entreprise avec des codes de couleur différents lorsque la quantité de données transmises ou reçues tranche fortement avec la consommation moyenne de l'abonné.

Exemple: une consommation équivalente au téléchargement de 20 photos par jour, jugée «standard» en raison de sa constance dans le temps, devient «anormale» lorsqu'en 24 heures elle représente l'équivalent de 4000 photos. Par ailleurs, la présence de volumes élevés, autant en aval (téléchargement) qu'en amont (téléversement), sur une courte période de temps, donne un autre code de couleur dans les registres puisqu'elle indique une activité de transferts de fichiers sonores ou vidéo par l'entremise des logiciels de partage. Un sport très répandu chez les voleurs de signal Internet puisqu'il génère une forte consommation de bande passante.

Informé par sa facture

Le problème, c'est que l'abonné découvre bien souvent qu'un «wifibustier» est sur sa ligne, après plusieurs jours de présence, en recevant sa facture, mensuelle au mieux ou tous les deux mois dans le pire des cas. Avec, en prime, le détail, jour par jour, de la consommation démesurée qui s'est faite sur son dos et une taxe à la surconsommation qui, dans le cas de Vidéotron, est de 8 $ par gigaoctet supplémentaire, pour un maximum de 30 $ par mois.

Ramené à un petit bassin de 10 000 clients de Vidéotron qui seraient victimes de vol de leur signal Internet, cela peut représenter des revenus supplémentaires d'environ 300 000 $ par mois pour le géant de la câblodistribution, ou bien près d'un million de dollars en un trimestre seulement.

«C'est payant pour eux, lance Michel Arnold, directeur général d'Option Consommateur qui, d'un point de vue éthique, trouve injustifié l'inertie des fournisseurs d'accès face au vol de signal Internet. «Le consommateur est pris en otage et les entreprises devraient avoir l'obligation de les avertir, comme le font les fournisseurs de carte de crédit lorsque quelque chose d'anormal se passe dans leur compte.»

Charles Tanguay, porte-parole de l'Union des consommateurs, estime également que ces alertes aux wifibustiers sont aujourd'hui incontournables dans un univers, celui de l'accès Internet, qui depuis quelques années tend à limiter la consommation de bande passante et à surfacturer la consommation sortant de ces limites. «Dans les dernières années, les forfaits illimités sont devenus limités, dit-il. Des avertissements seraient alors une contrepartie raisonnable à la logique de plafonnement [imposée par Bell et Vidéotron].»

La demande est timidement reçue par Vidéotron, qui entend «regarder ce qui pourrait être fait», a indiqué hier Mme Dessureault. «Mais il faut tenir compte de la question de la vie privée. Avertir nos abonnés de leur consommation pourrait être perçu par certains comme une intrusion dans leur intimité.»

N'empêche, contrairement au monde des banques, celui d'Internet évolue sans cadre contraignant qui pourrait forcer les entreprises à respecter davantage leurs clients, déplore M. Arnold. «Par l'entremise de l'Initiative canadienne des consommateurs [une coalition de groupes consuméristes], nous demandons depuis longtemps que tout ce qui touche au commerce électronique [l'accès à Internet en fait partie] soit encadré par une loi au Canada, dit-il. Mais pour le moment, il ne se passe rien», laissant ainsi le champ libre aux voleurs de signal Internet sans fil et à la surfacturation qui s'ensuit.

 

1be8716bff6d7a801d60507a04a4bb72.gifOttawa veut plus de concurrence dans la téléphonie sans fil
          
La Presse canadienne
Édition du jeudi 29 novembre 2007

Toronto -- Le gouvernement fédéral ouvre le marché des communications sans fil à davantage de concurrence, ce qui pourrait se traduire par des tarifs moins élevés en téléphonie cellulaire.

Le ministre fédéral de l'Industrie, Jim Prentice, a souligné que des enchères d'une durée de trois semaines sur le spectre du sans-fil auront lieu en mai prochain et que l'objectif de la démarche consiste à permettre une baisse des tarifs, à améliorer le service et à offrir un plus grand choix aux consommateurs. M. Prentice a fait cette annonce hier lors d'une conférence de presse à Toronto.

Un spectre d'environ 105 mégahertz sera offert lors des enchères, dont 40 mégahertz seront réservés à de nouveaux venus dans ce marché. Des entreprises étrangères ne pourront pas miser sur le spectre de manière indépendante mais pourront le faire en partenariat avec une compagnie canadienne.

«Un marché du sans-fil plus concurrentiel sert l'intérêt de tous les Canadiens, a dit M. Prentice. La quantité de spectre tient compte du besoin pour de nouveaux venus dans toutes les régions du Canada tout en tenant compte des intérêts des compagnies déjà en place et de leur position actuelle sur le spectre.» Afin de pouvoir miser sur le spectre réservé aux nouveaux joueurs, une entreprise devra contrôler moins de 10 % du marché du sans-fil national en fonction des revenus.

Le marché du sans-fil est actuellement dominé par trois géants: Bell Mobilité, Rogers Communications et Telus. Une concurrence accrue pourrait abaisser les frais de téléphonie sans fil au Canada, nettement plus élevés qu'aux États-Unis ou qu'en Europe, croient certains observateurs.

Un nouveau spectre permettrait aussi aux fournisseurs de services d'offrir aux consommateurs des services nécessitant plus de bande passante, comme l'accès à Internet haute vitesse ou de la lecture vidéo en transit sur les appareils portatifs.

Au moins deux entreprises, Quebecor de Montréal et MTS Allstream de Winnipeg, avaient fait savoir au gouvernement fédéral qu'elle seraient intéressées par les nouvelles fréquences, mais elles avaient aussi demandé à Ottawa d'en mettre certaines de côté pour empêcher les trois grands joueurs de puiser dans leurs coffres afin d'acheter tout ce qui est disponible.

Ottawa rend également obligatoire le partage des pylônes d'antennes sur le territoire des nouvelles entreprises qui obtiendront une licence. Cette mesure restera en vigueur pendant au moins cinq ans, période au cours de laquelle les nouveaux venus pourront construire leur réseau.

Les nouveaux joueurs pourront aussi bénéficier de l'itinérance à l'extérieur de leur secteur pendant dix ans, a indiqué hier Industrie Canada. L'itinérance permet aux abonnés d'un fournisseur de services d'obtenir les services d'un autre fournisseur lorsqu'il se déplace d'une région géographique à une autre.

Dans sa soumission au ministère de l'Industrie, MTS Allstream a soutenu que les Canadiens payent jusqu'à 79 % plus cher que les Américains pour leurs services sans fil, ce qui expliquerait en bonne partie pourquoi la pénétration de la téléphonie cellulaire au Canada traîne derrière ce qu'on constate en Europe et aux États-Unis.

Quebecor a salué cette décision. «En permettant une concurrence accrue, cette politique ouvrira la porte à une meilleure technologie, à plus de services et à des prix plus avantageux pour les consommateurs canadiens», a déclaré le président et chef de la direction de Quebecor inc., Pierre-Karl Péladeau. «À titre d'entreprise productrice de contenus, Quebecor Media est engagée dans toutes les facettes de la création et de la distribution de contenus, et nous croyons que cette décision aura un impact très positif sur la production de contenus canadiens.» Bell, Rogers et Telus s'opposaient quant à elles aux fréquences réservées, faisant valoir que cela constituerait des privilèges injustes pour les nouveaux venus et leur donnerait un avantage déloyal.

Les commentaires sont fermés.

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu