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LE LIVRE QUÉBÉCOIS SE VEND PLUTÔT BIEN. UN ARTICLE DE FRÉDÉRIQUE DOYON DU JOURNAL LE DEVOIR DU 4 DÉCEMBRE 2007

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Frédérique Doyon 

Une étude accorde aux librairies indépendantes la part du lion des ventes

Qu’on se le tienne pour dit. Au chapitre des nouveautés, le livre québécois se vend et se vend bien, même devant l’invasion annuelle du livre étranger. Et toutes ces ventes se font en majorité dans les librairies indépendantes qui dominent ainsi les grandes chaînes.

Voilà deux mythes déboulonnés par l'Étude sur la mise en marché des nouveautés par le système des offices au Québec, parue vendredi dernier.

Le document de 222 pages trace un portrait inédit du marché des nouveautés qui regarnissent chaque année les rayons des librairies. Au passage, il détruit quelques préjugés qui circulaient jusqu'ici dans le milieu, sans justification chiffrée, et en confirme d'autres. Un exercice commandé en 2005 par le Comité sur les offices issu de la Table de concertation du livre, et réalisé à partir d'un échantillonnage jugé représentatif de l'édition (29 000 titres).

Une place de choix dans le coeur des Québécois

Premier constat: le livre québécois a une place de choix dans le coeur des Québécois. Loin de se noyer dans l'avalanche de livres étrangers qui envahissent les rayons (87 % de la production éditoriale) à chaque rentrée littéraire, les nouveautés québécoises tirent très bien leur épingle du jeu. Elles atteignent en effet presque le même nombre d'exemplaires vendus (4,6 millions) que les publications venues d'ailleurs (4,99 millions), malgré leur petite part dans la production éditoriale globale (13 %). Le livre québécois est donc six fois plus performant que son homologue étranger.

«C'est un constat qui est rassurant et qui montre le travail qui est fait en librairie», note Yvon Lachance, propriétaire de la librairie Olivieri et délégué de l'Association des libraires du Québec au Comité sur les offices, où sont aussi représentées l'Association des distributeurs exclusifs de livres en langue française, l'Association nationale des éditeurs de livres et la Fédération québécoise des coopératives en milieu scolaire. Ceux qui se plaignaient de la faible visibilité du livre québécois en librairie seront donc confondus.

Deuxième mythe renversé: loin d'être victimes des grandes chaînes, les librairies indépendantes assurent plus de la moitié des ventes (53 %) du réseau librairies laissant aux premières 43,5 % des recettes.

«Les chiffres viennent montrer l'importance qu'on [les librairies indépendantes] a dans le réseau, commente M. Lachance. Contrairement à ce que beaucoup de monde dit, on est le plus gros marché pour le livre au Québec.» Le réseau librairies «est complémentaire», renchérit Benoit Prieur, secrétaire général du Comité sur les offices. «On n'est pas comme au Canada anglais où Chapters domine tout.»



Fragile littérature

«Tout cela est formidable jusqu'à temps qu'on découvre que la vente moyenne est à peu près à 1200 exemplaires par titre» et qu'ainsi, «le seuil de rentabilité n'est pas atteint», ajoute Pierre Bourdon, directeur des Éditions de l'Homme, représentant de l'ANEL. L'édition québécoise a donc fait sa place, s'est professionnalisée, mais a toujours besoin du soutien public à cause du petit bassin de population francophone.

Autre ombre au succès du livre québécois dépeint dans l'étude, qui confirme cette fois un mythe tenace: les oeuvres d'imagination (romans, poésie, théâtre, essais) forment une catégorie fragile. La moyenne d'exemplaires vendus pour chaque titre littéraire (883) arrive bien en deçà de la moyenne globale (1186).

«L'édition québécoise se porte bien, mais l'édition littéraire en arrache un peu plus», résume M. Bourdon qui voit là un des deux paradoxes de l'étude. Le second fait coexister «un phénomène de fractionnement du savoir, qui fait que les gens veulent des livres plus spécialisés et, en parallèle, un phénomène de "bestsellerisation" (un très petit nombre de titres génère une large part des recettes).»

Car l'étude révèle aussi que plus de la moitié des titres québécois (52 %) sont distribués à moins de 500 exemplaires, qui génèrent 13 % des ventes. Une proportion qui passe à 94 % (!) pour les titres étrangers. «On ne peut pas avoir une industrie rentable avec ça!», s'exclame M. Prieur. À l'autre extrême, 48 titres qui dépassent les 5000 exemplaires produisent 26 % des ventes.

Réduire les retours

Autre triste réalité du milieu de l'édition mise en lumière dans le rapport: le pourcentage de livres invendus qui retournent chez l'éditeur et prennent souvent le chemin du pilonnage.

On connaissait déjà la catastrophe du taux global de retour, qui s'élève à 31 %, selon le rapport. On apprend maintenant la répartition détaillée de ces taux, selon les catégories de livres, les points de vente et les fourchettes de distribution pour chaque titre (de moins de 500 exemplaires à plus de 5000).

La bonne nouvelle: les livres québécois ont des taux de retour inférieurs à leurs homologues étrangers. La découverte catastrophante: les plus nombreux retours se font du côté des livres mis en vente en petite quantité (moins de 500 exemplaires), qui garantissent pourtant la diversité de l'édition...

Quoique affolantes, ces informations détaillées et maintenant connues du milieu constituent, selon M. Prieur, un pas de plus vers la réduction des taux de retour, objectif majeur de l'étude.

«Les livres en très petites quantités viennent un peu embourber le marché, dit M. Bourdon. C'est là où l'industrie aura à réfléchir. Il faut trouver une autre façon de faire que le système de l'office.»

Tous les intervenants s'entendent sur la nécessité de réviser le mode de commercialisation des nouveautés. Le système actuel des offices, emprunté aux cousins français, est basé sur les envois automatiques de la part des éditeurs aux libraires, par l'entremise des distributeurs, selon des grilles préétablies et avec des droits de retour précisés. Les visions s'entrechoquent toutefois quant à la façon de le changer.

D'autant plus qu'une grande inconnue demeure malgré ce grand remue-méninges: qui paye quoi dans ce système de commercialisation? Les frais d'exploitation des éditeurs et des distributeurs sont connus, mais ceux des libraires demeurent un mystère, faute de ressources humaines et d'outils informatiques adaptés dans ces petits commerces de la culture.

Reste que l'étude élargit la compréhension de la chaîne du livre. «C'est un travail inédit, qui fournit aux gens du milieu de nouvelles données pour dégager des pistes d'analyse et d'amélioration de la chaîne d'approvisionnement du livre», résume au Devoir Michel Lasalle, consultant qui a mené l'étude.

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