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ARTICLE: 2008, L'ANNÉE DE LA DÉMATÉRIALISATION DU LIVRE

e4b05a93fc0149c1c4189d4d01d450bb.gifSOURCES NetEco publié par Jérôme Bouteiller le vendredi 11 janvier 2008 

Jusqu'ici tout va bien...Près de dix ans après le faux départ de Cytale, pionnier français du “eBook” fondé en 1998 et fermé en 2002, le livre et le papier électroniques éveillent à nouveau l'intérêt des professionnels français du secteur. Près de 200 personnes, majoritairement issues de maisons d'édition, étaient en effet réunies ce jeudi matin à la Maison de l'Amérique latine, à Paris, pour assister à une conférence sur le sujet, organisée par le magazine Livres Hebdo.

2007, année zéro du livrel

Les lancements quasi simultanés à l'automne 2007 de l'édition E-paper des Echos, du Cybook Gen3 de Bookeen (une société française née sur les cendres de Cytale) mais surtout du Kindle d'Amazon semblent en effet démontrer que, après la presse, la musique ou la vidéo, l'heure est désormais à la dématérialisation du livre. Pour le moment, les chiffres de vente sont encore rares mais Philippe Jannet, directeur des éditions électroniques des Echos, a indiqué avoir vendu plus de 1000 abonnements à l'offre e-paper du quotidien économique. De leur côté, les fondateurs de Bookeen, Laurent Picard et Michaël Dahan, ont laissé entendre que près de 2000 cybooks avaient été vendus au cours du troisième trimestre 2007, un chiffre qui aurait d'ailleurs pu être bien plus important si la société, qui s'approvisionne chez le constructeur taïwanais PVI, n'avait pas souffert de la pénurie d'écrans basés sur la technologie E-Ink.

Car contrairement à des pionniers comme Cytale dont le terminal de lecture était basé sur des écrans LCD, comparables à ceux utilisés dans les écrans de télévision ou d'ordinateur, tous ces nouveaux terminaux utilisent une nouvelle technologie d'écran baptisée 'encre ou papier électronique'. «La révolution du livrel est avant tout celle de l'encre électronique, une technologie maîtrisée par l'américain E-Ink, le britannique PlasticLogic, le néerlandais PolymerVision ou le français Nemoptic, qui combine une forte lisibilité limitant la fatigue visuelle et une autonomie record en attendant la couleur et les écrans souples encore dans les laboratoires. Le papier électronique sera incontournable, d'autant que le papier traditionnel commence à coûter cher et que son impact écologique est de plus en plus décrié, y compris en Chine qui souhaite désormais reboiser son territoire» prévient Bruno Rives, consultant au sein de la société Tebaldo et co-fondateur de Ganaxa, concepteur du terminal de lecture du journal LesEchos.

Un lecteur de livrel nécessairement connecté

Au delà de la technologie d'écran utilisée, l'autre révolution silencieuse du livre électronique est sa connectivité. «Malgré un prix plus élevé, nous avons majoritairement vendu le modèle iRex, qui dispose d'un module Wifi permettant d'accéder à l'information sans passer par une synchronisation avec l'ordinateur» indique Philippe Jannet. «La leçon du Kindle d'Amazon, c'est sa connectivité permanente qui permet de télécharger un livrel en moins d'une minute» ajoute Bruno Rives.

L'avenir du livre électronique passerait-il dès lors par des terminaux nativement communicants comme les téléphones mobiles ? «Même sur un iPhone, la lecture sur l'écran LCD d'un téléphone reste pénible» affirme Philippe Jeannet. Plus nuancé, Bruno Rives surveille tout de même de près le smartphone d'Apple ainsi qu'une nouvelle génération de machines comme les Ordinateurs Portables à bas coût, fabriqués par OLPC (XO) ou Asus (eeePC), qui pourraient également représenter une alternative aux terminaux de lecture dédiés.

Un nouveau modèle pour le livre

Qu'ils soient dédiés ou multifonctions, les terminaux de lecture semblent en tout cas prêts à se démocratiser auprès du grand public. Ce qui n'est pas encore le cas des contenus, les fameux livres électroniques, encore relativement rares. Malgré tous ses efforts, Cytale n'avait réussi à convaincre qu'une poignée d'éditeurs de le suivre dans l'aventure du livrel. Près d'une décennie plus tard, les choses ont relativement peu évolué avec à peine quelques dizaines de milliers de titres sur les kiosques de téléchargement Sony Connect ou surtout Mobipocket (1), l'autre pionnier français du livrel, racheté en 2005 par Amazon, une librairie ayant en outre multiplié les numérisations d'ouvrages depuis deux ans pour élargir son catalogue.

«Amazon a ainsi mis la main sur le contenu de dizaines de milliers d'ouvrages et n'a plus eu qu'à renégocier les contrats pour vendre directement les livres en version électronique» explique Stéphanie van Duin, Directeur Business Développement d'Hachette Livre, un éditeur français particulièrement bien implanté sur le marché américain. «Mais la commercialisation de livrels à 9,90 dollars par Amazon n'a du tout été bien accueillie par les éditeurs, dont les livres se vendent en général plus du double en librairie. En France, on ne veut pas voir les distributeurs décider du prix des livrels» explique la jeune femme, qui redoute visiblement qu'Amazon et son Kindle reproduisent dans le livre le modèle iPod+iTunes imaginé par Apple dans la musique.

Car derrière la rupture technologique de la numérisation et du téléchargement, se cache avant tout une nouvelle donne économique, avec la montée en puissance d'intermédiaires comme les constructeurs (Sony et son kiosque Connect en attendant sans doute Apple..), Amazon et son Kindle, sans oublier d'autres grands noms du numérique comme Microsoft, Google, Nokia et bien évidemment les opérateurs cellulaires de plus en plus présents dans le téléchargement de contenus. «Il est impensable que Google ou Apple n'entrent pas sur ce marché.» estimait ainsi Bruno Rives.

Cette nouvelle donne technologique devrait en tout cas faire une première victime : les libraires. «Avec la numérisation, il y aura sans doute des opportunités à saisir sur des marchés de niche en se concentrant sur la relation avec une clientèle spécifique avide de conseils et de services. Mais la majorité des libraires devront certainement évoluer dans la chaîne de valeur, en devenant des vendeurs de terminaux de lecture» estimaient certains intervenants.

Des maisons d'édition françaises sur la défensive

Malgré l'enthousiasme des vendeurs de terminaux de lecture, les représentants des éditeurs semblaient plus circonspects sur la dématérialisation du livre. «Le livre électronique ne va pas remplacer le livre en papier» a ainsi affirmé Stéphanie Chevrier, qui voit avant tout le livrel comme un marché complémentaire pour un éditeur comme Flammarion. «Nos auteurs s'intéressent au sujet et veulent savoir ce que nous comptons faire avec leurs droits numériques. Nous imaginons par exemple d'enrichir les versions électroniques de nos livres avec des éléments multimédia» a t'elle expliqué.

«Nous travaillons avec le ministère de l'Education Nationale sur la dématérialisation des dictionnaires. Mais le livre électronique ne se limitera pas à la création d'un fichier PDF qu'on mettre sur un terminal de lecture. L'éditeur continue d'apporter une véritable valeur ajoutée dans le choix des contenus et leur présentation» a indiqué pour sa part Charles Bimbenet, directeur marketing de Nathan.

«Aux Etats-Unis, notre dernier best-seller s'est vendu à 1,2 millions d'exemplaires contre à peine 300 unités sur le Kindle d'Amazon. Tant qu'il n'y aura pas de terminal de lecture sexy et bon marché, le papier est loin d'être mort mais cela ne nous empêche pas de nous préparer. Le numérique est intégré à tous nos flux de production et, malgré les problèmes d'interopérabilité entre les différents formats de fichier pour le consommateur, nous ne travaillerons qu'avec des distributeurs utilisant des mesures techniques de protection pour éviter les risques de piratage» a expliqué Stéphanie van Duin, Directeur Business Développement d'Hachette Livre.

Car malgré les opportunités économiques que représente ce nouveau format électronique, dont les coûts de production et de distribution sont marginaux, les éditeurs de livres, dont le marché était encore en croissance de 2% en 2007, redoutent avant tout de connaître, avec la dématérialisation, les mêmes mésaventures que leurs homologues du disque, durement touchés par le phénomène du piratage.

L'heure est elle néanmoins encore à l'attentisme ? «Le temps des tests est révolu» a expliqué Stéphanie van Duin. «Les places dans la nouvelle chaîne du numérique se prennent maintenant» a surenchéri Bruno Rives. Un volontarisme qui risque toutefois d'être ignoré par la plupart des éditeurs, qui pourraient du coup être court-circuités dans leur relation privilégiée avec les auteurs, par une nouvelle génération d'intermédiaires comme les constructeurs, les marchands ou les opérateurs, aux moyens techniques et financiers bien plus importants.

Le livre électronique, en résumé :
- Les principaux modèles : Sony PRS-500, iRex Iliad, Bookeen CyBook, Amazon Kindle, Ganaxa
- Les lecteurs alternatifs : XO d'OLPC, eeePC d'Asus, iPhone d'Apple, Nokia N800,
- Les technologies de papier électronique : E-Ink (USA), Plastic Logic (UK), Nemoptic (France), ...
- Les principaux formats sécurisés de livrel : Adobe PDF, Microsoft LIT, Mobipocket PRC, Amazon AZW, ...
- Les catalogues de livrels : Amazon Mobipocket, Numilog, Feedbooks, Google Books, ...
- Les libraires : Amazon, Mobipocket, Sony Connect, Numilog, ...

(1) Mobipocket, l'autre pionnier français du livrel

Créé par David Allouch grâce à de financements de Viventures, Mobipocket est l'autre pionnier français du livre électronique. Contrairement à Cytale, qui tenait à contrôler l'ensemble de la chaîne de valeur en commercialisant son propre terminal de lecture, le Cybook, Mobipocket opte très tôt pour une stratégie 100% immatérielle, plaçant son logiciel de lecture sur un maximum de terminaux (Palm, Psion, Nokia, PC, Mac, etc...) et s'ouvrant très tôt aux milliers de livrels anglo-saxons. Une stratégie gagnante puisque la société a survécu à l'explosion de la bulle internet avant d'être rachetée en 2005 par Amazon pour enrichir le catalogue de son futur Kindle.

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