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INTERVIEW: ERIC ORSENNA, ÉCRIVAIN: "LE LIVRE ÉLECTRONIQUE VA RÉVOLUTIONNER L'ÉDITION"

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Erik Orsenna. L'e-book était la vedette du Salon du livre qui s'est tenu à Paris du 14 au 19 mars, où ont eu lieu de nombreuses démonstrations. Pionnier de l'aventure du livre électronique, l'écrivain analyse l'avenir de l'édition face à ce qui lui apparaît comme une formidable révolution technologique.

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Challenges. En 2000, avec Jacques Attali, vous avez lancé le Cybook, mais votre société a rapidement fait faillite. Vous aviez eu raison trop tôt ?

Erik Orsenna. Le coeur de l'affaire, c'est qu'il faut avoir une bonne plate-forme : simple, légère, pas chère. La nôtre était encore trop compliquée, trop lourde et trop chère. Ce n'est plus le cas aujourd'hui : l'iPod du livre va exister.

Va-t-il bouleverser les règles du jeu dans l'édition ?

C'est évident. L'e-book va révolutionner le secteur. Prenez les livres juridiques. Sous forme papier, ils peuvent contenir jusqu'à 8000 ou 9000 signes par page, ce qui les rend quasiment illisibles. De surcroît, ils ne sont jamais à jour : il y a toujours un décret qui est dépassé. Le livre électronique permet d'éviter ces inconvénients majeurs. C'est vrai pour tous les livres techniques, les encyclopédies, les guides, qui sont toujours partiellement périmés. Pour le livre que je prépare sur l'eau, je suis allé en Australie, à Singapour, en Inde, au Bangladesh, avec mon sac rempli de guides de voyage. Cela n'a pas de sens. C'est dépassé.

D'accord pour les livres techniques ou les guides, mais pour la littérature ?

C'est aussi valable. L'e-book est un outil extraordinaire pour ceux qui, comme moi, aiment à la fois le livre et le voyage. Vous avez tous les livres dans un seul livre. C'est le rêve de Borges qui devient réalité : une bibliothèque de Babel à portée de la main, que vous soyez au large du cap Horn ou au fin fond du Kamtchatka.

Vous faites donc partie de ceux qui prédisent la mort du «livre-papier» ?

Pas du tout. Je crois qu'il y aura toujours des gens qui aimeront posséder des livres. Mais ceux-ci devront faire la preuve de leur utilité spécifique. Les éditeurs devront revenir à de belles maquettes, de beaux papiers, offrir un vrai service.
En revanche, à mon avis, le livre de poche a du souci à se faire. Car le livre électronique, finalement, c'est un peu un livre de poche qui rassemblerait tous les livres de poche.

Le charme de l'objet n'est-il pas un élément essentiel du plaisir de la lecture ?

Moi, c'est le contenu qui m'intéresse, pas le support. Je ne suis pas du tout bibliophile. Les éditeurs ont longtemps prétendu que l'e-book ne marcherait jamais parce que ce n'était pas fait pour un public cultivé, que ce n'était pas «sensuel». Pour moi, un SMS, c'est aussi sensuel qu'une lettre. En réalité, les éditeurs ont pratiqué la politique de l'autruche. Aujourd'hui, ils ont changé d'avis, et ils réfléchissent sérieusement à la question. Tant mieux.

Y aura-t-il une crise du livre semblable à celle qui a touché le disque ?

Je ne le crois pas. Bien sûr, des gens vont très probablement pirater dans tous les sens. Il faudra être très vigilant sur les questions de droits d'auteur. Mais, vous savez, la télévision n'a pas tué la radio. La même chose va se passer avec le livre électronique. Il y aura une répartition différente des usages. par Bertrand Fraysse

 

INTERVIEW DEUXIÈME PARTIE:SOURCES L'ACTUALITÉ LITTÉRAIRE DU 24-03-08                                                     Dans un récent entretien, l'admirable Érik Orsenna revient sur l'évolution des technologies en matière de livre électronique et tout particulièrement du Cybook, qu'il avait lancé avec Jacques Attali en 2000.

L'eBook a de l'avenir

Malgré la faillite de son entreprise, il reste confiant en l'avenir, persuadé que « l'e-book va révolutionner le secteur. Prenez les livres juridiques. Sous forme papier, ils peuvent contenir jusqu'à 8000 ou 9000 signes par page, ce qui les rend quasiment illisibles. De surcroît, ils ne sont jamais à jour : il y a toujours un décret qui est dépassé. Le livre électronique permet d'éviter ces inconvénients majeurs ».

Un secteur peut-être trop ciblé, mais qui sera valable également pour la littérature puisque «vous avez tous les livres dans un seul livre. C'est le rêve de Borges qui devient réalité : une bibliothèque de Babel à portée de la main, que vous soyez au large du cap Horn ou au fin fond du Kamtchatka ».

« Le livre électronique permet d'éviter [des] inconvénients majeurs. »
Érik Orsenna


Et pour ce qui est de l'avenir du livre de papier ? Eh bien « les éditeurs devront revenir à de belles maquettes, de beaux papiers, offrir un vrai service ». Mais selon lui, le premier touché devrait être le livre de poche, concurrent direct du « Hibou, avec un Q », comme disait Alain Rey. Et pour ce qui est du charme de l'objet, Érik ne s'arrête pas à si peu.
De la Sensualité de l'Hibou-Q

« Les éditeurs ont longtemps prétendu que l'e-book ne marcherait jamais parce que ce n'était pas fait pour un public cultivé, que ce n'était pas “sensuel”. Pour moi, un SMS, c'est aussi sensuel qu'une lettre ». Le contenu reste primordial, et l'emporte largement sur le contenant, ajoute l'écrivain.

En revanche, pas d'inquiétude, on ne doit pas parler d'une crise même si « des gens vont très probablement pirater dans tous les sens » et qu'il « faudra être très vigilant sur les questions de droits d'auteur ». Et de rappeler que la télévision n'a pas tué la radio.

Non. Mais salement amoché, peut-être...

Rédigé par Clément S., le lundi 24 mars 2008 à 07h00
Source : Challenges

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