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Article de Sophie Bernard dans le Lien Multimédia du 17 février sur Éric Le Ray et le TAB 2014

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[17-02-2014 00:06 - par Sophie Bernard] Fils de journaliste, spécialiste de l'imprimerie, Éric Le Ray est arrivé naturellement à s'intéresser aux liseuses et aux tablettes. Entre ses trois postdoctorats et l'enseignement, il fonde, en 2007, EPC @ Partners.inc et organise, en 2009, la conférence Epaper World à Montréal. Le directeur du livre collectif « La bataille de l'imprimé à l'air du papier électronique » livre au Lien MULTIMÉDIA sa réflexion sur ce qu'il appelle « la révolution individuelle de l'individu ».

De l'imprimerie au papier électronique, il coulait de source qu'Éric Le Ray s'intéresse aux liseuses et tablettes à leur arrivée sur le marché. « En avril 2010, les tablettes ont débarqué et aujourd'hui en 2013 d'après le CEFRIO, 27 % des gens au Québec en possèdent une, note-t-il, 60% on un ordinateur portable et 40 % un téléphone intelligent. Il ne s'agit plus d'une mode, mais d'un mode de vie, un phénomène de société. Auparavant, on imprimait, puis on diffusait. Avec Internet, on diffuse et, ensuite, on imprime. Nous sommes dorénavant dans le flux continu. La production de l'imprimé et du papier continue de progresser globalement à part quelques zones moteurs comme l'Occident et en particulier l'Amérique, où Internet est né, ainsi que le numérique qui prend le dessus sur le papier. » Aujourd'hui, dans cette zone géographique, la vente des tablettes a dépassé celle des ordinateurs portatifs.

« Toutes les technologies et les médias de masse ont été inventés au 19e siècle, la rotative, l'électricité, la photographie, la voiture, le cinéma, la télévision, le téléphone, la radio, précise Éric Le Ray. Nous vivons aujourd'hui après la période du moyen-âge et de la révolution industrielle au 19e siècle, une troisième mondialisation et, dans ce troisième modèle où domine le numérique mobile, on crée des technologies qui changent notre rapport à l'autre alors qu'avant c'était plus son rapport à la nature. Le répondeur nous libère de l'obligation de prendre un appel, ou les enregistreurs numériques, après le magnétoscope, nous permettent dorénavant de créer nos propres programmes. Il faut y voir un aspect culturel, un changement dans les relations entre les individus. De tout temps, les nouveaux médias copient les anciens. Ainsi, à ses débuts, Gutenberg voulait recréer la calligraphie. Nous sommes actuellement en période de copiage et de complémentarité et non de remplacement. »

Aux yeux d'Éric Le Ray, nous devons réfléchir par zones géographiques, en matière de technologies. Ainsi, les États-Unis et, dans une moindre mesure, l'Europe – ce qu'on pourrait appeler la zone postcapitaliste ou postindustrielle fondé sur les savoirs et l'information – s'avèrent des moteurs, alors que les zones industrielles, comme l'Inde, ou la Chine deviennent pour un moment la périphérie de ce centre producteur par délégation de biens industriels pour eux-mêmes et pour l'Occident. « Avant, les quotidiens avaient deux impressions, celle du matin et celle du soir, raconte-t-il. On sauve des coûts en passant au numérique, mais remplacer un mode de production par un autre comporte aussi l'arrivée de nouveaux coûts comme l'entreposage des fichiers numériques et la production de ces fichiers. Aujourd'hui, les gens produisent eux-mêmes leurs contenus. Ces changements ont pour résultat une perte de pouvoir des « pouvoirs de médiation » comme celui des enseignants, des médecins, des imprimeurs, des éditeurs, mais aussi des politiques et des États, etc. J'y vois un phénomène très important autour du renforcement du pouvoir de l'individu sur le pouvoir collectif. »

Du 20 février au 21 février 2014, Éric Le Ray organise le congrès Tab-Epaper World et, contrairement à d'autres événements de ce genre, il a tenu à ce que le prix d'entrée – 20 $ – soit accessible au grand public. Cependant, il ne croit pas au tout gratuit et mise sur le modèle d'affaires du site d'information Médiapart, fondé par Edwy Plenel. Il voit d'ailleurs émerger, dans des expériences telles que Médiapart ou le SPIIL, le premier syndicat de la presse indépendante d'information en ligne, un nouvel écosystème émergé, tout en développant une nouvelle forme d'intelligence collective. « Dans cette transition d'un modèle hiérarchique vers un modèle hétérarchique, nous devenons notre propre centre et notre propre périphérique », estime-t-il.

Idéaliste, le fondateur de EPC Partners aimerait créer une fondation qui permettrait de créer des liens avec des pays en voie de développement, pour l'éducation, l'école et l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Il travaille également sur le projet d'une boutique numérique et d'une revue. « L'enjeu majeur demeure le contenu, affirme Éric Le Ray. Plus il y aura de contenu, plus il y aura d'interfaces mobiles intelligentes de consultation dans un univers numérique mobile qui deviendra comme l'électricité un mode de vie dominant. »

Évidemment, les questions de formats demeurent : l'ePub de l'IDPF ou HTML5 ? Sans compter les enjeux d'obsolescence des appareils, de recyclage et de pollution. « La technologie va évoluer et je crois à la convergence autour du téléphone intelligent qui est le modèle dominant, affirme Éric Le Ray. Et puis, il y a la question de la capacité de mémoire des appareils et de la bande passante. » La solution se trouverait dans les médias sociaux, l'infornuagique, dit du cloud computing « Il existe des bijoux d'appareils, moitié tablette, moitié liseuse, ajoute-t-il. Ces outils nous remettent dans les conditions de l'oralité avant l'arrivée de l'écriture. Alors qu'on fête les 10 ans de Facebook, nous assistons paradoxalement à un retour de notre capacité à la communication sociale directe, ce qui pose des questions d'identité et de rapport à l'espace. »

Notre rapport à Internet s'est transformé et Éric Le Ray, adepte de Nicholas Negroponte et des recherches du MIT, croit qu'il faut redéfinir les paramètres. Dorénavant, avance-t-il, the people is the message. Lorsqu'on lui demande à quoi on peut s'attendre comme évolution dans un proche avenir, il n'a qu'une certitude : tout dépendra de la situation économique, car le développement du numérique mobile est relié à cette situation. Or, les États-Unis et l'Europe, les zones moteurs de ce développement, sont dans un état catastrophique, se trouvant au bord de la crise. »

L'humanité a connu, à ce jour, trois grandes périodes, selon Éric Le Ray : tout d'abord la religion, ensuite la philosophie et, récemment, la technique et la science associée aux valeurs universelles, à la raison et à la conscience individuelle qui ont pu se développer en parallèle à la démocratisation de nos sociétés. Nous assistons à un retour du religieux et, particulièrement du religieux politique, avec son lot de résistance à la technologie, aux valeurs scientifiques, et aux valeurs démocratiques. « Nous devons réfléchir au-delà de la sauvegarde des valeurs techno-scientifiques, à la sauvegarde des valeurs démocratiques associées aux valeurs d'égalités devant la loi des hommes et par prolongement aux valeurs de liberté individuelle », conclut-il.

Pour en savoir plus : La bataille de l'imprimé à l'air du papier électronique

http://www.pum.umontreal.ca/catalogue/la-bataille-de-limprime

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